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Être transparente au lycée, rarement invitée en soirée et ignorée dans sa propre famille, c'est une blessure, ça fait mal.

Mais être invisible pour de vrai, se rendre en salle des profs incognito et disparaître dans les moments embarrassants... ça commence à devenir beaucoup plus intéressant !

À quinze ans, Esther cesse d'être une fille ordinaire et voit un nouveau monde s'ouvrir à elle. Pour l'adolescente trop discrète, la vie devient soudain passionnante. Et de plus en plus dangereuse...

Votre héroïne Esther est une jeune fille très discrète... Trop discrète même, puisque personne ne la remarque. Elle va devenir « transparente » au sens propre du terme. Comment vous est venue cette idée ?

Oh, c’est très simple. Il m’arrive régulièrement d’avoir des crises de transparence. Il s’agit d’une expérience toujours étrange, qui me laisse désorientée. Je me demande alors : ai-je vraiment disparu, une fois de plus ? Je sais que c’est impossible, que cela ne correspond à aucune loi de la physique! Pourtant, force est de constater que certains jours, pendant quelques secondes, quelques minutes, plus personne ne me voit, plus personne ne m’entend. Je donne mon avis et on ne prête pas attention à ce que je dis. Je me tiens dans une file d’attente, et on me double sans même noter ma présence. Je fais une plaisanterie réussie, tout le monde rit, mais chacun croit que c’est ma voisine qui s’est montrée aussi spirituelle. Comme Esther, j’ai depuis mon enfance été confrontée à ce problème, et je m’y suis habituée... plus ou moins.

Votre roman n’est donc pas une fiction, mais plutôt un témoignage ?

En effet ! (rires) Ou peut-être une thérapie ? En écrivant ce livre, j’avoue avoir eu l’espoir de stopper l’évolution de mes épisodes de transparence.

Est-ce que cela a fonctionné ?

 

Non. Je disparais toujours de temps à autre. (soupir amusé)

 

Devenir invisible peut pourtant devenir un véritable pouvoir...

 

C’est ce que mon personnage va découvrir. Invisible, Esther peut se glisser partout où elle veut, écouter, observer... C’est un don extraordinaire qui va prendre une place de plus en plus importante dans sa vie. Mais attention, être transparente n’est pas toujours chose facile. En basculant du côté des invisibles, on peut aussi faire des rencontres désagréables...

Vous voulez parler de cet étrange personnage auquel Esther va se trouver confrontée ?

 

Oui, l’insaisissable Godeleine. Cette femme effraie Esther. Il faut reconnaître que Godeleine n’est pas franchement cordiale. Pourtant, l’adolescente aurait beaucoup à apprendre de cette forte personnalité, qui n’est pas aussi hostile qu’elle en a l’air.  Godeleine est une transparente expérimentée, et la débutante Esther va en prendre conscience petit à petit. Une amitié pourrait même naître entre elles... Esther découvre ainsi un nouvel univers.
Les transparents se reconnaissent entre eux et se parlent... Esther croise la route de Godeleine, mais aussi d’Amadou ou d’Angèle. C’est tout un monde qui s’ouvre à elle. Elle y apprend à utiliser son pouvoir d’invisibilité avec délectation.

Être invisible est un fantasme vieux comme le monde.


Cela se comprend facilement ! L’anneau de Tolkien, la cape d’invisibilité d’Harry Potter... Mais pour les gens trop discrets, nul besoin d’accessoire. L’invisibilité survient comme ça, pschiiit, sans prévenir. Le phénomène est rare, mais bien réel. J’ai eu l’occasion de croiser d’autres personnes qui vivent la même difficulté. J’en parle peu mais, quand il m’arrive de me confier, j’entends souvent l’exclamation suivante : « Moi aussi ! Cela m’est déjà arrivé ! » En cherchant un peu, on se rend compte que les transparents existent tout autour de nous...

Votre récit ne cesse de surprendre le lecteur. D’un point de départ réaliste, vous glissez vers le fantastique ; vous passez avec beaucoup d’aisance de la légèreté ou la comédie à des moments de suspense intense... Comment travaillez-vous ?

Avec des Post-it ! Plein de petits papiers colorés sur le mur, que je déplace, que je supprime, que je réécris... Cela me permet d’avoir une vue d’ensemble de l’histoire, qui m’est indispensable. Et toujours, j’écoute la petite voix qui me dit tantôt, attention je commence à m’ennuyer, attention cette idée est trop attendue, attention ce personnage est fade, attention, attention... Une petite voix à ne jamais faire taire.

L’héroïne de votre trilogie La Fille du futur, Pénélope, vivait une odyssée... Cette fois, avez-vous choisi le prénom de votre protagoniste par hasard ?

 

Non. Esther est éthérée, bien-sûr ! (clin d’œil)

Un conseil pour les lecteurs et lectrices qui se reconnaîtraient dans votre témoignage ?


Il n’existe pas de vaccin contre les crises de transparence. Selon la personnalité de chacun, on peut en rire ou en pleurer. Mais si l’on en pleure, c’est qu’alors il est temps d’agir. Comme le fait Esther.